• La prison interieure ou le manque cruel.

    La prison intérieure ou le manque cruel .

     

    Elle est là, statue immobile dans son isolement. Plus rien ne l'approche, plus rien ne l'effleure, pas même le vent! Mais pourquoi donc, comment suis-je arrivée là martèle sont esprit ?? Passent alors comme une caresse les plaisants souvenirs faits de douleurs et de tendresse, accrochés aux murs de son royaume, comme la décoration somptueuse d'un infernal intérieur. Chacun est disposé dans un tableau de verre, car le souvenir est fragile, mais si beau malgré tout.. Cri silencieux de son esprit envers les dieux qui l'ont abandonnés et ne lui ont rien laissé...Bribes de photos, exposition de ce qu'elle fut au plus fort de l'extase, du plaisir insidieux qu'est le bonheur. Elle l'a construit dans la douleur, celle du physique, qui marque l'extérieur en construisant l'intérieur, façonnée entre les mains d'un divin architecte qui évalue, décide, fait, dispose jusqu'à la fin de son travail, de son œuvre.  Plusieurs années, il a fallu plusieurs années pour qu'elle soit au point, prête, posée, dressée, sans aucune erreur. Les doux frôlements de sa main habile faisaient frissonner sa peau, de douleur, de plaisir, de peur aussi qu'un jour cela s'arrête. Mais combien de temps on donc mis les pharaons pour ériger les pyramides ? Quels sont les esprits qui ont forgés, inventés ces labyrinthes intérieurs, ceux où l'on se perd si jamais l'imprudent y entre sans un fil d'ariane. Il faut au moins une vie se dit elle, une vie et même plus, car à l'image du sphinx,  elle doit être la plus belle, la plus haute, elle le peut, elle en a les capacités. Avec passion, avec vigueur, il sculpte son âme, son corps et son esprit car ils ne sont que le reflet de lui-même, miroir de sa personne, de ce qu'il fut et de ce qu'il devient, à travers elle. Claque le fouet, mord la corde, perce l'anneau, travaillent ce corps qui, si docile, se livre pour qu'en totalité il la construise. Comme l'aurait fait Victor LOUIS pour les bâtiments, et LE NOTRE pour les jardins, il dispose savamment les murs, les fenêtres, les barreaux aussi. Ici un cadenas, là une grille, décore les murs de jolies zébrures, une goutte de sang perle ici, comme une signature indélébile, là, ce sont des perles d'eaux qui tracent leurs sillons sur son visage.  Emotion intense venue du fond du cœur, vibration d'une corde qu'elle seule connaît et veut lui faire entendre, comme une musique qu'elle lui dédie, lui disant écoute ce chant silencieux.. Tel un architecte de France oeuvrant pour inscrire son chef d'œuvre aux monuments historiques, le soin qu'il prit à la fabriquer fut des plus intense. Mais maintenant, maintenant qu'en reste t il ?? Que reste t il de cette fougue qui servit à construire ?? La passion est passée, et reste cette statue, dont les courbes, la couleur, tout ce qui l'entoure fut disposé avec soin. Alors, appelé par d'autres travaux, l'architecte, jetant un dernier regard sur ce qui lui occupa l'esprit tant d'années, sachant qu'il y mit un morceau de son cœur, passe à une autre construction, un autre défi. Sa main soyeuse ne sera remplacée que par un doux regard enveloppant et cajoleur lorsqu'il la regardera, car dans son âme, il gardera une émotion, un amour.

        Inscrite au patrimoine français, son nom posé au bas, la statue restera alors dressée vers le ciel attendant, vouée aux vents et aux caprices du temps, celui qui sculpte lui aussi sans jamais être reconnu, mais dont le passage inexorable laissera sa trace. Passeront alors des amateurs,  qui admiratifs, regarderont, toucheront, caresseront, d'une main douce faite de tendresse et de dureté, mais capteront cette émotion qu'elle-même ressentira. Alors, même par temps sec et par forte chaleur, regarde, toi l'amateur, regarde bien car au coin de son œil, au coin de son visage, tu verras grossir les perles de pluie inondant son visage de la douleur d'avoir été et de ne plus être, car pour elle, sans lui elle devient orpheline.  Alors, son cœur si vivant fut un temps, ne sera que de fer ou de pierre, attendant quelle soit délivrée du terrible sortilège, un jour peut être.

     

     

    19/08/2003

    N...


  • Commentaires

    1
    Volcane
    Mercredi 12 Janvier 2005 à 11:08
    sculpteur de soi-même
    Texte profond, et sûrement véridique pour bien des Galatée dans les mains de Pygmalions investis de leur pseudo-pouvoir...Quant à moi, je préfère "sclupter ma propre statue" comme le dit un philosophe que j'aime (tu sais bien qui). Au moins c'ets MON oeuvre !
    2
    attachant Profil de attachant
    Mercredi 12 Janvier 2005 à 16:18
    l'art
    Je ne te savais pas artiste...Mais une corde de plus à ton arc, est une nouvelle découverte...Je ne doute pas de tes ressources..
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